2- Le marché de Volfinor
- Sasha
- 14 juil. 2020
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 août
Je déteste le printemps.
Tandis qu’elle regardait d’un œil distrait le ciel voilé de bleu, la jeune fille, comme chaque année, fut gagnée par un vague agacement.
Oui, elle aimait l’hiver ; cette atmosphère tendue à vous faire mal, ce froid qui vous pénétrait des pieds à la tête, chaque respiration expulsée et changée aussitôt en vapeur blanche qui vous faisait ressentir votre feu vital… En fait, l’hiver permettait à la vie de circuler entre elle et le monde, sans aucune pudeur.
Et puis, ce monde tendant à se réduire à la monotonie du blanc et du noir lui correspondait bien. Secrètement, elle adorait le voir si sobre. Il s’agissait peut-être là d’un désir déchirant, d’une attirance inconsciente pour la mort, d’une envie de redevenir poussière… Si quelqu’un le lui avait fait remarquer, elle aurait sans doute penché la tête sur le côté et esquissé un sourire énigmatique.
Au milieu d’une tempête de neige, elle aurait été capable de marcher jusqu’au bout du monde, de se fondre dans cet univers blanc. Elle aurait aimé disparaître sans laisser de traces. Voilà à quoi ressemblaient ses sentiments, tout au fond de son cœur. Ils n’avaient pas changé depuis qu’elle était petite.
Ainsi, elle détestait le printemps, détestait voir la tension qui s’amenuisait peu à peu, le monde qui se laissait aller, les couleurs qui commençaient à rivaliser d’assurance…
Tout se dissolvait lentement… se détricotait… Mais quoi donc ? Qu’allait-elle perdre, en cette saison du renouveau ? Tss… Quelle idiote elle faisait. Le temps s’écoulait contre son gré, les saisons passaient et le printemps s’invitait peu à peu, qu'elle le veuille ou non.
Poussant un léger soupir de résignation, la jeune fille resserra contre sa poitrine son panier tissé en feuilles de Césas et reprit sa marche.
Alors, elle se fit avaler par la foule du marché de Volfinor.
Son nom était Kotonoha.
Nous suivrons aussi son histoire. Je suis certain que vous la garderez dans un coin de votre mémoire, pour, de temps en temps, la murmurer à l'oreille de quelqu'un d'autre...
Oui, certain.

Crédits photographie : Masumi Takahashi
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